Cinq ans. Elle avait cinq ans quand son destin a reçu un nom.
Warenai.
Personne ne leur avait demandé. Deux enfants que des adultes avaient décidé d'unir pour leur sang — pour les alliances, pour les lignées, pour tout ce que les grands pensent plus important que le cœur. Mais les années ont fait leur œuvre, doucement, sans qu'on s'en aperçoive. Les secrets partagés. Les fous rires et les peurs. Les silences qui n'avaient pas besoin de mots. Ce qui avait commencé comme un contrat est devenu la chose la plus vraie qu'elle ait jamais touchée.
De cet amour naquirent douze enfants. Certains ont pris la route. D'autres sont restés.
Skwark son aîné, lui, est parti.
Le plus brillant. Le plus libre. Sa légende court les routes d'Arkadia plus vite que ses pas. Une épée au service de ceux qui savent la mériter — c'est ce qu'on dit. Né en l'an -53, il fut le plus jeune à remporter l'Épreuve de Fer — un titre que l'on ne lui a jamais contesté.
Au moment où il a franchi le seuil, elle a cherché dans ses yeux une raison de le retenir.
Elle n'en a trouvé aucune.
Seulement son propre reflet. Seulement cette flamme indomptable qu'elle reconnaissait trop bien.
Alors elle l'a laissé partir. Et elle a souri, les dents serrées.
Elle reconnaissait cette flamme. Elle l'avait portée, elle aussi.
Bien avant tout cela, alors qu'on lui apprenait les bonnes manières et l'art de tenir une maison, elle avait déjà compris une vérité.
Protéger les siens ne signifiait pas seulement garder un foyer.
Cela voulait aussi dire savoir tenir une épée.
Elle se tourna vers les femmes guerrières des FalconHaven, celles qui portaient une lame comme d'autres portent un titre.
Elles ont vu quelque chose dans ses yeux. Quelque chose qui ne s'apprend pas.
Elles l'ont accueillie.
L'épée. L'arc. La tension d'une corde avant qu'elle ne parte. C'est là qu'elle a touché, pour la première fois, qui elle était vraiment.
C'est là qu'elle pensait à Deamyra.
Son aïeule. L'Élue des Forêts. Guérisseuse et guerrière, capable de refermer une blessure d'une main et de tenir Rosière de l'autre. Une lame qui portait une âme.
Vyolettha n'a jamais voulu conquérir. Elle a voulu être ça. Ce mélange impossible de douceur et d'acier.
L'Abîme est réel. Les ombres qui rongent le monde ne s'arrêtent pas aux portes des familles bien nées. Alors elle veille — avec cette vigilance de femme qui sait, depuis toujours, que protéger les siens n'est pas qu'une question d'amour.
C'est une question de survie.
Sa maisonnée, elle l'aime comme un feu qu'elle a allumé elle-même. Elle remarque tout. La fatigue derrière un sourire. L'inquiétude dans un regard qui fuit. Le silence de celui qui n'ose pas demander. Elle materne sans s'en excuser — avec cette chaleur obstinée.
Elle croit en les siens avant qu'ils ne croient en eux-mêmes. Et quand il faut se battre, contre les trahisons, contre les ombres, contre tout ce qui menace ce qu'elle a construit : elle se bat. Sans hésiter. Sans reculer. Avec son cœur entier.
Elle est là — dans chaque repas partagé, chaque plaie qu'elle soigne, chaque enfant qu'elle pousse doucement vers son propre destin.
Silencieuse, comme une lame encore au fourreau… mais prête. Toujours prête.
Le sang des FalconHaven bat dans ses veines.
L'amour de Warenai la maintient debout.
Sa maisonnée est son cœur, sa raison, ce pour quoi elle affronterait la nuit elle-même.
Et quand l'obscurité viendra…
Vyolettha sera déjà debout.