Lorsque Daemyra fonda les FalconHaven, le nom s'imposa naturellement — Le faucon était son compagnon depuis l'adolescence. Son faucon s'appelait Azur. Il était d'une espèce rare, aux plumes d'un bleu-gris argenté qui prenait des reflets cyan sous la lumière du soleil comme si le ciel lui-même l'avait peint. Daemyra l'avait trouvé blessé au pied de la forteresse lorsqu'elle était adolescente. Une aile fracturée, le regard déjà résigné. Elle l'avait soigné pendant des semaines, lui redonnant l'usage de son aile.
Le jour où il reprit son envol, elle resta immobile à le regarder disparaître. Daemyra était certaine qu'il ne reviendrait pas. Il revint ce soir-là, et se posa sur son épaule.
Azur vécut bien plus longtemps qu'un faucon ordinaire, imprégné de la magie de guérisseuse de Daemyra depuis tant d'années. Quand il mourut, Daemyra ne porta plus jamais son regard vers le ciel de la même façon. Ceux qui la connaissaient bien dirent qu'une partie d'elle était partie avec lui.
C'est lui qu'elle choisit de représenter sur la bannière et les médaillons. Non pas un faucon de guerre aux serres tendues, mais un faucon en vol libre, ailes pleinement déployées comme Azur le matin où elle l'avait regardé s'envoler guéri.
Daemyra laissa également derrière elle une autre héritière : Rosière, son épée. Une lame traversant les générations, passant de main en main au fil des siècles, toujours au sein de la branche principale de la maison.
Relique sacrée entre toutes, elle n'est pas qu'une arme, elle est la continuité de Daemyra elle-même, la preuve vivante que la lignée tient encore.
On dit qu'elle serait protégée par de nombreux sortilèges, scellés quelque part sur le territoire des FalconHaven, car sa puissance est telle que le risque est trop grand si elle venait à être utilisée.
Aujourd'hui, Rosière est gardée par Warenai et Vyolettha, représentants de la branche principale des FalconHaven.
La bannière des FalconHaven est l'un des emblèmes les plus reconnaissables parmi les grandes maisons d'Arkadia. Ses couleurs : cyan et blanc.
Le cyan est la couleur du ciel qu'Azur, le faucon de Deamyra, fendait de ses ailes. Le blanc est celui des tuniques de l'Ordre de la rose d'argent, des pierres de la forteresse, Ses angles ne sont pas des lames. Ce sont des ailes ouvertes vers tous les horizons.
🪨 Le centre de la bannière représente la pierre centrale qui se trouve également sur le médaillon : elle n'est pas une pierre ordinaire — taillée dans la première roche posée lors de la construction de Havre Blanc, la capitale de FalconHaven. C'est une pierre fondatrice au sens littéral : elle porte en elle l'origine même du territoire des Falcons. Les gravures géométriques qui s'y entrecroisent viennent renforcer ce message : les liens du sang sont aussi anciens et solides que les fondations de la cité elle-même.
⬜ Les 4 carrés blancs représentent les 4 coins du monde et les 4 vents. Peu importe où un Falcon se trouve sur terre, il reste connecté aux siens et peut toujours les retrouver. Une promesse d'appartenance sans frontières.
⭕ Le rond central est le médaillon fondateur, celui que Daemyra forma lors de la création de la maisonnée. Il incarne l'origine, le cœur et la légitimité de la lignée.
➖ La barre traversant la bannière est un pilier, symbole de force, de stabilité et de droiture. Il ne fléchit pas, quelles que soient les épreuves.
Daemyra fit forger des médaillons pour ses descendants. Sur l'avers apparaissait un faucon azur en plein vol, les ailes pleinement déployées, tenant la roche originelle, le tout premier fragment qu'elle avait posé de ses propres mains lors de la fondation d'Havre Blanc, béni et imprégné d'une part d'elle-même. Sur le revers, figurait la devise
Elle les enchanta ensuite de sa propre magie, afin que chacun de ses descendants puisse, où qu'il se trouve dans le monde, retrouver son médaillon et se souvenir toujours de qui il est et d'où il vient.
Selon la tradition, tant que ce fragment existait, la maison ne pourrait jamais vraiment mourir. On disait que quiconque serrait le médaillon dans sa paume en pensant aux siens sentait une légère chaleur irradier depuis la pierre comme si la maison elle-même répondait à l'appel.
Cette devise deviendra le credo de la maison pour les siècles à venir, répété lors des naissances, des serments et des derniers souffles. Pendant des siècles, les FalconHaven transmirent ces médaillons de génération en génération. Certains les portaient au cou, d'autres les cousaient à l'intérieur de leur armure, contre le cœur.
Dans l'Ancienne Arkadia, l'Aube d'Or et les Melons Rouges étaient leurs alliés principaux. Ils avaient combattu dans le même camp, partagé les mêmes lignes, enterré les mêmes morts. À la Bataille des Trois Rivières, à la Bataille d'Espandor, les trois maisons se retrouvèrent du même côté.
Avec l'Aube d'Or, le lien allait plus loin que le champ de bataille. Rosalia, fondatrice de la maison Aube d'or, partageait avec Daemyra une même conviction : que la magie n'était pas une arme réservée à quelques-uns, mais un outil d'élévation. Toutes deux avaient œuvré pour l'instaurer et l'enseigner dans l'Ancienne Arkadia l'une par le soin et la guérison, l'autre par la transmission et la connaissance. Deux approches différentes, un même objectif : faire évoluer les humains.
Au fil des siècles, les guérisseurs FalconHaven développèrent un véritable ordre de soin reconnu dans tout Arkadia : l'Ordre de la Rose d'Argent. Son nom venait d'une plante rare qui poussait uniquement aux abords de la forteresse, aux pétales d'un blanc nacré aux reflets argentés, aux propriétés cicatrisantes puissantes.
Les membres de l'Ordre portaient cette rose brodée en fil d'argent sur leur tunique blanche, accompagnée des couleurs cyan de la maison. Depuis l'entrée en vigueur du Traité d'Espandor, qui prohibait tout usage de la magie, ils puisèrent leur expertise uniquement dans les plantes et les remèdes naturels une contrainte qu'ils transformèrent en vocation.
Mais l'Ordre ne fut jamais uniforme dans ses valeurs. Le principe fondateur héritié de Daemyra soigner sans distinction d'appartenance dépendait en réalité du chef de maisonnée en place. Certains le respectaient à la lettre, ouvrant leurs salles à quiconque se présentait. D'autres, plus conservateurs, imposaient aux guérisseurs de n'œuvrer que pour la maisonnée et ses alliés les plus proches.
Avec les décennies, les maisonnées dites de sang impur prirent de l'importance dans l'Ancienne Arkadia trop, selon les FalconHaven. Ces lignées, ne descendant pas directement des Élus fondateurs, commençaient à contester l'ordre établi, à revendiquer des territoires et des droits que les six grandes maisons fondatrices considéraient comme les leurs de droit du sang.
Pour les FalconHaven, héritiers directs de Daemyra, la question n'était pas seulement politique. C'était une question d'identité. Leur légitimité tenait à cette lignée pure. Voir des maisonnées impures s'élever au même rang était une menace qu'ils ne pouvaient pas ignorer.
Quand ces maisonnées se retournèrent contre les six grandes maisons fondatrices, celles-ci n'eurent d'autre choix que de s'unir. Les FalconHaven prirent part à la Révolte des Bâtards aux côtés de leurs alliés leurs guerriers au front, leurs guérisseurs derrière, leurs archivistes consignant chaque mouvement. La maison n'avait jamais été qu'un ordre de soin. Elle le prouva une fois de plus.
Ce fut bien plus tard, dans la Nouvelle Arkadia, que les FalconHaven de sang pur commencèrent à voir les choses autrement. Le temps, les épreuves, et peut-être simplement l'évidence : chaque Falcon comptait, de sang mêlé ou non. Si quelqu'un portait un médaillon, c'est qu'il était de leur sang d'une façon ou d'une autre. On ne pouvait pas porter le sceau de Daemyra et être étranger à la maison.
C'est dans cet esprit qu'ils s'allièrent au Shieldwall héritier du sang mêlé de Sombre Cœur et des FalconHaven. Une alliance qui, en d'autres temps, aurait été impensable. Dans la Nouvelle Arkadia, elle devint une évidence.
Havre Blanc était le bastion ancestral des FalconHaven, bâti dans les terres occidentales d'Arkadia. Ses tours de guérison accueillaient les blessés, ses salles abritaient les plus grands guérisseurs et lettrés du monde connu. C'était là que battait le vrai cœur de la maison — non pas sur les champs de bataille, mais dans ses infirmeries, ses bibliothèques et ses jardins de plantes médicinales.
Durant la
La destruction de Havre Blanc hante encore les Falcons vivants qui en furent témoins. Et certains d'entre eux ont fait le vœu de la rebâtir, un jour, dans le Nouveau Monde.
En l'an 0, lorsque Juliette, membre des FalconHaven, comprit que l'Abîme allait l'emporter, elle sut quoi faire. Herboriste et guérisseuse hors pair, indispensable au combat des Élus. Une partie des siens franchirait le portail sans elle, ses enfants trop jeunes, ses parents trop âgés. Certaine de ne pas les revoir, et pour pouvoir les retrouver où qu'ils soient, Juliette s'assura que tous les Falcons qui passent le portail aient un médaillon forgé par Daemyra afin que ou qu'il soit ils puissent se retrouver.
Ainsi, quoi qu'il advienne, les Falcons resteraient toujours liés les uns aux autres. Où qu'ils soient, éparpillés à travers le monde, les leurs, de par leur sang, sentiraient quelque chose de vivant émaner des talismans. Juliette le savait que les talismans retrouveraient leurs voies vers les Falcons.
Juliette périt lors de cette ultime bataille, se sacrifiant pour laisser aux autres Élus le temps de franchir le portail, donnant ses dernières forces, ses dernières larmes, en pensant à sa famille.
Ils n'abandonnèrent pas leur nom. Ils l'emportèrent comme on emporte une bannière à travers les flammes, brûlée aux bords, mais toujours reconnaissable. La maison FalconHaven ne mourut pas avec l'Ancienne Arkadia. Elle traversa le portail.
Les premières semaines sur Areda n'avaient rien d'héroïque. Plus de dix mille réfugiés entassés dans des camps de fortune, nourris de poisson et d'algues, séparés de leurs familles, épuisés d'une manière que le sommeil ne suffisait pas à réparer. C'est dans ce désordre que les FalconHaven posèrent leurs premières pierres dans le Nouveau Monde pas des remparts, des tables de soins.
Ce premier soir, les médaillons de Juliette firent ce qu'ils avaient promis. Les Falcons se retrouvèrent dans la foule, guidés par la chaleur des talismans, sans s'être donné rendez-vous. Certains pleuraient. D'autres ne disaient rien. Ce rassemblement sans cérémonie, sans discours juste des gens qui suivaient la chaleur d'un talisman jusqu'à retrouver les leurs fut le premier acte fondateur de la maison dans le Nouveau Monde.
Des enfants et des vieillards avaient également franchi le portail — portés, guidés, soutenus par ceux qui pouvaient encore marcher. Mais dans le chaos des premières semaines, beaucoup se perdirent de vue. Les archives de la maison conservent peu de traces de ce qu'ils devinrent. Certains se fondirent dans la masse des réfugiés, adoptèrent un autre nom, une autre vie, trop épuisés ou trop brisés pour se souvenir de ce qu'ils avaient été. D'autres, plus fragiles, ne survécurent probablement pas aux conditions des premiers campements. Le destin d'un grand nombre de ces Falcons reste, à ce jour, inconnu — une lacune silencieuse dans les chroniques de la maison, que les archivistes n'ont jamais pu combler.
Quand Areda cessa d'être un camp de survie pour devenir une ville, les FalconHaven se dispersèrent. Aux quatre coins des continents naissants, là où des communautés s'installaient, ils s'installaient avec elles.
Certains suivirent Meraxes Lerouge vers Dominaria. Parmi eux, les bâtisseurs de la maison, ceux qui savaient lire un terrain, poser des fondations, organiser un chantier. Riddermark leur doit une part de ses premières pierres. D'autres portaient la rose d'argent : guérisseurs, apothicaires, soignants, ils s'intégrèrent aux structures médicales qui se montaient partout dans la Nouvelle Arkadia, soignant les fractures des chantiers, les fièvres, les épidémies qui frappaient les enfants en premier.
Car les FalconHaven n'ont jamais été qu'une maison de guérisseurs. Leurs guerriers marchaient aux côtés des bâtisseurs et des soignants. Escorter les convois, sécuriser les routes, veiller sur les campements isolés. Être le bouclier de ceux qui tenaient les marteaux ou les instruments de soin.
La maison ne se rassembla pas en un seul endroit. Elle s'étira, se dilua, mais ses membres restaient Falcons, où qu'ils aillent.
Depuis les premières vagues de colonisation, des navires disparaissaient. Les archivistes FalconHaven, qui consignaient méthodiquement les témoignages des survivants, notèrent des récurrences troublantes : crises de folie collective touchant des équipages entiers, navires retrouvés dérivants sans âmes à bord, créatures surgissant des abysses dans la nuit.
Pour des Falcons nourris des chroniques de l'Ancienne Arkadia, ces récits faisaient écho à quelque chose. L'Abîme avait déjà utilisé la corruption mentale comme arme. La mer de la Nouvelle Arkadia cachait peut-être ce que les terres semblaient avoir épargné.
Les archives de la maison conservent plusieurs rapports classifiés sur ces disparitions. Ces rapports ne sont pas ouverts au public.
Warenai, le Cœur de Daemyra, portait ce projet depuis son retour en l'an 100 : reconstruire Havre Blanc dans le Nouveau Monde. Pas une copie de l'ancienne forteresse, quelque chose de plus grand. Un sanctuaire de guérison et de savoir, ouvert à tous, où les blessures de l'âme recevraient autant d'attention que celles du corps.
L'emplacement n'est pas encore arrêté. Certains plaident pour Dominaria, d'autres pour Lorwÿn dont la végétation rappelle les jardins médicinaux de l'ancienne forteresse. Mais tous s'accordent sur une chose : Havre Blanc sera rebâti. La maison a traversé un portail entre deux mondes, deux guerres de l'Abîme et 2500 ans de conflits. Elle a survécu à la destruction de sa forteresse et au sacrifice de ses meilleurs guerriers.